Formation CAO : bousculons quelques idées reçues
Denis LOURME a créé et dirigé deux centres de formation CAO. Il nous présente son point de vue sur la formation CAO. Denis LOURME est aujourd’hui directeur du portail www.cao.fr
A force d’entendre que les logiciels de CAO sont de plus en plus intuitifs, on risque de minimiser l’importance de la formation à cette technique. « Votre opérateur(rice) maîtrisera notre logiciel en quelques jours ! » : ce n’est pas la seule affirmation à nuancer. Sous forme de réponses à certaines idées largement répandues, mon propos s’adresse en priorité aux responsables de bureaux d’études et de formation. Les candidats y trouveront aussi, je l’espère, matière à valoriser davantage leurs acquis.
« La formation CAO est une formation comme une autre » : Non !
Mes exemples seront puisés dans la CAO mécanique. C’est le domaine que je connais le mieux, et c’est aussi celui où la liberté de l’opérateur est la plus importante. Parce que les cas d’application y sont plus nombreux, l’opérateur créé essentiellement de la « géométrie » et introduit lui-même son savoir-faire métier.
Les logiciels CAO sont donc de vastes boites à outils. Comme on ne juge pas un bon garagiste à sa capacité à utiliser une clé de 12, on appréciera qu’un concepteur sache quand et pourquoi utiliser telle fonction plutôt qu’il en maîtrise parfaitement le déroulement.
« La formation CAO coûte cher » : Moins qu’un concepteur mal formé !
Certes, la formation CAO est plus onéreuse que les autres formations informatiques, mais combien seriez-vous prêt à investir pour gagner 5 à 10% de productivité dans vos études ? D’autant qu’il ne s’agit pas seulement de concevoir plus vite, mais de le faire mieux !
Un expert des échanges de données CAO me confiait récemment que les problèmes de conversions et de transferts étaient presque toujours liés à une mauvaise utilisation de la CAO et particulièrement à des choix de méthodologies inadaptées.
Au-delà de cet exemple, le coût d’une mauvaise conception se répercute sur tout le cycle de vie du produit : mise sur le marché retardée, problèmes de fabricabilité ou de tenues aux contraintes, échanges multipliés avec les sous-traitants, retours usine, … Alors non, le coût d’une formation CAO ne pèse pas lourd face à ces enjeux.
Je vais être un peu provocateur : les prix des logiciels ont hélas considérablement baissé en 20 ans, mettant la CAO au niveau d’un outil informatique banal et non stratégique. Comment faire comprendre que la formation devra sans doute coûter plus cher que l’outil ?
« Une formation personnalisée est plus efficace » : Pas forcément, car elle est restrictive.
Votre partenaire formation préféré vous proposera volontiers des stages sur votre site « adaptés à votre besoin » et plus courts. Je reste personnellement partisan des formations « standard » et si possible en centre pour une meilleure disponibilité et une attention accrue des stagiaires. Le surcoût de tels stages, y compris du déplacement de votre personnel, sera largement compensé par une meilleure acquisition des savoirs.
Une (bonne) formation « standard » présente l’avantage de couvrir la majorité des commandes et des méthodologies de conception. Elle permettra aux futurs opérateurs de faire face à de nouvelles situations dans leurs études et de puiser davantage dans les ressources du logiciel.
Examinez le processus didactique proposé par le centre de formation et fuyez, c’est en tout cas mon avis, les formations où les stagiaires répètent en travaux pratiques un exercice décortiqué auparavant par le formateur. La qualité des exercices (avec des problèmes inattendus à résoudre) est souvent plus importante que la théorie, dont on retrouvera l’essentiel dans les supports de cours ou les manuels en ligne. On notera que mon propos exclut de fait toute forme d’autoformation.
A mes débuts dans la formation CAO, les matériels et logiciels étaient tellement coûteux que les stagiaires s’exerçaient à deux sur un même poste. Ce n’est généralement plus le cas … et c’est bien dommage ! A l’heure où le travail collaboratif est prôné, réfléchir à deux sur un même problème est souvent source de découvertes intéressantes sur les possibilités du logiciel.
« Une formation par un collègue » : Non !
C’est sans doute la pire des solutions. Votre opérateur chevronné a certes de l’expérience, mais il n’a du logiciel qu’une vision très limitée : celle des commandes qu’il utilise régulièrement, et peut-être pas de façon judicieuse ! Toute formation assurée par un professionnel, même pour un nouvel arrivant enrichira l’expérience de tout votre B.E. !
Naturellement, de retour de formation, le nouvel utilisateur pourra être piloté par un « vieux de la vieille » qui lui apprendra les méthodologies retenues par la société. Quitte à ce que le « petit nouveau » lui suggère des évolutions grâce à ses fraîches connaissances…
« Il nous faut trouver le spécialiste sur notre logiciel » : Osez aussi d’autres expériences !
Vous cherchez désespérément un expert de la conception de moules sur NX ? A moins que cette personne soit destinée à partir immédiatement sur le plateau d’un de vos clients, pourquoi ne pas embaucher un tel spécialiste sur CATIA ? Il faudra certes le former à l’outil mais son apprentissage sera très rapide et il restera avant tout un expert « métier ». Ce savoir-faire est plus important que son expérience CAO et son passé sur un autre logiciel sera enrichissant aussi pour votre société.
Il en va de même pour la formation initiale : quelques éditeurs se partagent le marché de l’Education Nationale. Ne craignez pas d’embaucher un jeune formé sur SolidWorks si vous avez retenu Solid Edge ou Inventor. Les logiciels de CAO 3D obéissent désormais à des concepts communs (volumique paramétré, arbres d’assemblage, historique de construction, …). Naturellement, vous devrez le former au nouveau logiciel, mais son apprentissage après le stage sera plus rapide.
« 2D vers 3D » : attention, cas à part !
Loin de moi l’idée qu’un dessinateur ayant une longue expérience sur AutoCAD soit condamné à travailler à vie en 2D. Veillez néanmoins, dans le cas d’une migration 2D/3D à ménager une période plus longue d’apprentissage après la formation. Les concepts de la CAO tridimensionnelle (même à éditeur identique …) ont du mal à bousculer les habitudes du dessin électronique. Une fois votre opérateur formé au logiciel 3D, retirez lui rapidement l’outil de DAO !
Ma conclusion sera pour les candidats : mettez en avant vos connaissances techniques et votre motivation pour tel ou tel secteur d’activités au moins autant que votre savoir-faire en CAO. Celle-ci n’est pas un métier en soit : votre maîtrise d’un logiciel (ou davantage) est un plus mais elle ne doit pas cacher tout ce que vous savez par ailleurs !
Denis LOURME présentera une mini conférence et répondra à vos questions sur le thème de la formation lors de notre prochain forum des métiers et emplois de la CAO qui se tiendra les 4 et 5 octobre 2007, Cité des Sciences et de d’Industrie. Cliquez ici pour en savoir plus.
Email : denis.lourme@cao.fr
Site : http://www.cao.fr
Dernière mise à jour: 24/07/2009 - 11:24 AM




