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3D : Où va l’architecture ?


Dans le domaine de la CAO Architecture, l’examen des offres sur CAO-emplois.com met en évidence une situation singulière sur l’offre et la demande de compétences en logiciels 3D. Aussi nous notons une pénurie de candidats faisant carrière dans l’architecture 3D, une demande timide de la part des entreprises sur ce secteur de l’architecture 3D... Faut-il en conclure que le monde de l’architecture en est resté au Dessin Assisté par Ordinateur, voire à la planche ?

Pour nous faire une opinion, nous avons interrogé Emmanuel Petit, président du club ARCHI INFO, le Club Informatique des Architectes créé à l’initiative de l’UNSFA (Union Nationale des Syndicats Français d’Architectes). Ce club, qui s’appuie sur un Intranet évolué, met en relation un très grand nombre d’architectes.(www.archilink.com)

CAO-Emplois.com : Quel est le niveau d’utilisation de la 3D dans les cabinets d’architectes ?
Emmanuel PETIT :
Il n’y a pas de données précises sur le sujet qui est plus complexe qu’il n’y parait. D’abord balayons l’idée que le monde de l’architecture ne serait pas en pointe dans l’équipement DAO/CAO. La profession s’y est mise depuis plus de 20 ans et, à de très rares exceptions près, tous les cabinets d’architectes utilisent des logiciels 2D et exploitent bien souvent une solution 3D. Il ne faut pas oublier non plus les solutions intermédiaires à base de 2D et d’élévations (parfois qualifiées de 2D ½).
Mais le processus de conception/réalisation d’un bâtiment comprend plusieurs étapes et pour chacune d’elle le crayon, le DAO et la CAO – mais aussi les logiciels purement graphiques - joueront un rôle important.

CAO-E : Pourquoi cette grande variété de moyens ?
EP :
Le croquis à la main reste le point de départ de tout projet. C’est sans doute une différence importante par rapport au monde de la mécanique même si la phase de « design » des produits de grande consommation se fait encore souvent de cette manière. Chaque bâtiment est en effet un prototype.
Les logiciels 3D seront mis en oeuvre dans la deuxième étape qui est celle de la conception, en particulier dans le cas des concours d’architecture (rappelons que le principal marché des architectes est celui des gros projets). C’est dans cette phase de conception que la 3D joue pleinement son rôle et se transforme en outre en un outil de « séduction » pour emporter le projet.
Enfin, l’architecte est contraint de produire un grand nombre de plans 2D très normalisés et enrichis d’annotations, cartouches, … tant d’un point de vue strictement légal que pour transmettre les informations graphiques aux différents corps de métier. Le plan 2D reste donc incontournable et ceci est parfois un frein à l’acquisition ou tout au moins à l’exploitation d’un logiciel 3D.

CAO-E : Le plan reste effectivement important dans les projets architecturaux, mais n’est-il pas décliné de la maquette 3D ?
EP :
Les meilleurs logiciels 3D ne sont pas forcément les outils les plus efficaces pour faire du plan ! Cela reste un vrai problème, mais ce n’est pas le seul. La tentation est grande, et c’est très souvent la réalité sur le terrain, que de générer les premiers plans à partir de la maquette puis de faire vivre ces derniers en fonction des évolutions de détail sans retoucher au modèle 3D. La cohérence du projet, un des principaux avantages de la maquette, est alors naturellement perdue.
Un autre frein à l’utilisation plus poussée de logiciels 3D est que les formations et les manuels qui leur sont associés relèvent le plus souvent d’une liste de fonctionnalités plus que d’une véritable méthodologie. Or le respect d’une certaine démarche est essentiel si on veut garantir la cohérence de l’ensemble ou exploiter plus facilement le modèle. Si il y a bien un logiciel 3D dans la très grande majorité des cabinets, il est parfois sur une étagère après un premier échec lié à une mauvaise prise en main du produit. Pour ne rien simplifier, il n’y a pas de méthodologie unique, commune à tous les logiciels.

CAO-E : Qu’en est-il de l’exploitation des modèles 3D pour la génération d’animations interactives, visites virtuelles, …
EP :
Bien qu’on nous annonce depuis des années que la réalité virtuelle va devenir un passage incontournable, on peut constater - si l’on excepte les grands projets très médiatisés - que l’explosion n’a pas encore eu lieu. Aujourd’hui, l’image statique (qui peut d’ailleurs être tirée d’un modèle 3D et retravaillée) demeure le support de communication le plus utilisé. La raison est simple : l’architecte choisit lui-même le bon point de vue valorisant son projet. J’ai peur que l’engouement des clients pour l’interactivité (choix des volets, etc…) se heurte au fait qu’un bâtiment reste un projet d’ensemble qu’on ne peut « configurer » comme une simple cuisine. Sans doute une partie marché de la maison individuelle évoluera-t-il vers ce modèle, mais faut-il s’en réjouir ?

CAO-E : Comment voyez-vous l’évolution en termes d’utilisation de logiciels de conception 3D ?
EP :
Je pense que les éditeurs doivent séduire davantage les architectes avec des logiciels à la fois plus intuitifs (l’exemple donné par Google Sketchup Pro est sans doute intéressant à suivre) mais aussi plus « guidés » en termes de méthodologie. Les nouvelles contraintes qui apparaissent dans le domaine du développement durable vont également valoriser un des intérêts fondamentaux d’une maquette 3D qui est l’enrichissement des données d’un ouvrage à des fins de calculs et de simulation ….. L’adoption à moyen terme du standard IFC* devrait d’ailleurs être un facteur de développement de la 3D en permettant à tous les corps de métier de s’accrocher à une seule maquette numérique.

CAO-E : Les formations DAO/CAO dispensées par les Ecoles d’Architectes correspondent-elles aux attentes de la profession ?
EP :
Les écoles d’architecture forment en effet d’une manière générale à des logiciels 2D et 3D. Le fait même de choisir un outil pour la pédagogie est forcément limitatif, particulièrement dans le domaine de la 3D où le nombre de logiciels mis sur le marché est très important, sans « standard » fort. Sauf en cas d’urgence liée à un projet, le cabinet d’architectes prendra cette formation 3D comme un plus sans forcément attacher une importance fondamentale au logiciel. Comme je l’ai dit plus haut, il ne faut pas perdre de vue le nombre de tâches réalisées en 2D et celles-ci sont souvent confiées aux « nouvelles recrues ». Cela peut d’ailleurs être un problème si ces dernières abandonnent trop longtemps leur courte expérience d’un logiciel 3D, d’autant que de nouvelles versions arrivent très fréquemment. L’idéal est donc de leur permettre de « garder la main ». Cette génération peut en effet apporter une nouvelle dynamique par l’habitude qu’elle a du « monde en 3D », ne serait-ce que dans ses loisirs !


* Le standard IFC (Industry Foundation Classes) a pour objectif de favoriser l'interopérabilité des logiciels dans le secteur de la Construction. En utilisant des logiciels compatibles IFC, les acteurs d’un projet architectural peuvent enrichir un modèle commun. IFC est largement inspiré du format STEP dans le domaine de la mécanique. (Plus sur IFC sur Wikipedia).

Propos recueillis par Denis LOURME. CAO.fr
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Dernière mise à jour: 24/07/2009 - 11:24 AM